mardi 10 janvier 2017

Entretien avec Enric Olivé-Serret (2/2)

Suite de l’entretien avec le professeur Enric Olivé-Serret autour de la chartreuse de Tarragone, sa distillerie, ses vieux flacons et son histoire...

Parlez-nous un peu de la distillerie de Tarragona.
Toutes les installations renvoyaient une image très frappante. L’extrême propreté, le rangement impeccable, la qualité des matériaux ... tout se référait à l'ordre des Chartreux. Le travail bien fait et les ouvriers qui travaillaient plus au sein d’une famille que dans une simple entreprise. Cela était évident lors de la sanglante guerre civile espagnole, lorsque les révolutionnaires ont tenté de saisir l'usine et que les ouvriers les en ont empêché, affirmant qu'elle était en territoire français (sic). En contrepartie, ils ont promis d'envoyer de la Chartreuse à l'avant pour les combattants !!!

Des anecdotes ou souvenirs de dégustation particuliers ?
Dans les années soixante-dix du siècle dernier, les visiteurs se régalaient avec le fameux cocktail « Episcopal » avec de la chartreuse et du « cava » (vin mousseux AOC catalan). Evidemment tout le monde en sortait heureux. C’est d’ailleurs ce cocktail qui souhaitait la bienvenue aux visiteurs de l’exposition sur la Chartreuse qui fut réalisé au musée d’Histoire de Tarragone en 1994. Exposition et musée dont j’étais moi-même le responsable.

L'ouvrage est richement illustré avec notamment un ensemble de documents et de clichés de la distillerie.

 
Connaissez-vous des collections de vieilles bouteilles et objets anciens en Espagne ?
Depuis que la communauté des Chartreux s’est installée à Tarragone et élaborait ses distillats (pas seulement la Chartreuse), la liqueur se consommait tous les jours à Tarragone. Cette consommation a baissé à partir de 1970 laissant place à de nouveaux goûts importés d'Amérique. A partir du moment où les Chartreux ont cessé de produire à Tarragone, la passion des collectionneurs et les consommateurs s’est ravivée et s’est transformée en une authentique obsession pour beaucoup. A Tarragone, il y a des dizaines de collectionneurs et de grandes réserves dans les mains d’amateurs anonymes.

Comment voyez-vous le lien entre la Chartreuse et Tarragone aujourd'hui ?
Malheureusement, l'intérêt pour la Chartreuse, ses produits et les vestiges industriels sont arrivés bien trop tard à Tarragone, de sorte que la dépossession subie par le magnifique patrimoine industriel a empêché la création d'un centre d'informations sur la Chartreuse. Une fois de plus, nous étions en retard pour protéger le patrimoine collectif.
Enric Olivé-Serret
Tarragona, novembre 2016


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lundi 19 décembre 2016

Entretien avec Enric Olivé Serret (1/2)

Enric Olivé Serret est l'auteur d'un livre de référence sur la chartreuse de Tarragone, à ce jour non édité en français et paru sous le titre "La Chartreuse de Tarragona. De la fàbrica al convent" ("La Chartreuse de Tarragone, de l'usine au monastère").
Originaire de la ville, l'auteur est aujourd'hui professeur à l'université de Tarragone.  Il a eu la gentillesse de répondre à nos questions sur sa démarche, les multiples liens entre la chartreuse et la ville de Tarragone et son histoire. Merci à lui.

D'où provient votre intérêt pour la Chartreuse et son histoire à Tarragone ? 
La Chartreuse a toujours été présente dans ma vie. Dès mon plus jeune âge, ma vie s’est déroulée autour de la distillerie des Pères Chartreux. Mon père était un employé de la maison du vin Müller, qui était située juste à côté de la distillerie, où je demeurais avec toute ma famille. Mes promenades et mes facéties se déroulaient toujours entre la distillerie des Chartreux et la maison Müller. Tout jeune, durant l’été, j’ai même servi de guide touristique pour les visites de la distillerie.
Dans les années quatre-vingt, en tant que jeune responsable politique de l'urbanisme à Tarragone, j'ai maintenu une relation étroite avec la communauté cartusienne à la Grande Chartreuse afin que la commune de Tarragone acquiert la magnifique « Fàbrica de Tarragone ».
Je me souviens avec une grande estime des Pères Chartreux de Tarragone qui, plus tard, se sont consacrés à conduire des expériences avec des plantes lyophilisées, pour lesquelles je m’empressais de servir de cobaye. Ce fut une étape de la communauté cartusienne concernée par l'alcoolisme et prompte à contribuer à lutter contre ce fléau.
Finalement, j’ai personnellement exercé le rôle d’entremetteur entre les Pères Chartreux et le gouvernement Catalan, afin que ce dernier acquiert la Chartreuse, ce qui fut le cas.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur la démarche d'édition de votre livre (les recherches, la publication, les échos...) ?
À la suite de l'acquisition de la Chartreuse par le gouvernement, le ministre-conseiller Josep Gomis m’a chargé d’une étude et de l’édition de l’histoire de la Chartreuse à Tarragone, ainsi que de l'inventaire des fonds de la société qui était passée aux archives historiques de Tarragona.
Avec le photographe Joan Aberich, nous avons travaillé chaque recoin de l’enceinte cartusienne. La distillerie nous offrait des photos d’une grande intensité ; les jardins privés des Chartreux, abandonnés, nous renvoyaient une magnifique image romantique. Des chats aux alambics, des horloges aux vieilles bouteilles, des cellules à la chapelle ... tout a été parfaitement documenté. Dans le même temps, nous espérions offrir une belle représentation de l’enceinte.
La documentation des archives municipales, de l'archevêché et de la société Chartreuse ainsi que l'expérience d’anciens travailleurs, m'ont permis de connaître précisément l'histoire du bâtiment, de ses différents habitants et finalement de la communauté cartusienne.
A suivre…
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lundi 5 décembre 2016

Dégustation automne 2016

Cette fois encore Phillipe et les caves Bossetti ont organisé dans les règles de l’art leur dégustation annuelle dédiée à la liqueur des Pères Chartreux. Comme d’habitude tous les éléments étaient réunis pour faire de cette journée un franc succès : un programme riche et complet, une affluence record et au final de très bons moments partagés…

Bref plein de bonnes choses, de la convivialité et des nouveautés pour cette édition 2016 : 
  • En dégustation, les cuvées de Fous de Chartreuse étaient à l’honneur avec pas moins de 4 mises différentes au format jéroboam. De quoi mener une comparaison affinée et prendre la mesure de leurs différences et subtilités. A noter que l’on savourait le dernier flacon de 3 litres de la très belle et verdoyante cuvée 2009.
  • Santa Tecla : pour découvrir l'édition 2016 des liqueurs jaunes et vertes, quoi de mieux que deux jéroboams en mise unique ?
  • Du côté du buffet, un menu toujours aussi alléchant avec de multiples mets à base de liqueur : gaspacho aux écrevisses, la grosse terrine de frère Tuck, les croques-chartreuses poilânes, les guimauves et chocolats cartusiens du Pain de Sucre... Mention spéciale au foie gras "Nacérazade et les 1001 nuits", excellent.
  • Une autre nouveauté, l’hilarante soucoupe du procureur général, l’occasion de mettre en avant l’élixir végétal dans ce genre d'événement et de le faire découvrir au plus grand nombre !
  • Laurent Bidot l’auteur de la récente bande dessinée Le Secret de la Chartreuse aux éditions Glénat présentait son ouvrage aux visiteurs et leur proposait de belles dédicaces illustrées. Merci à lui pour sa disponibilité.
  • Sur le stand du blog, échanges entre passionnés avant tout et sur la base d’un programme similaire à l’an dernier fondé sur des dégustations informelles autours des apports d’amateurs… Plusieurs bouteilles complémentaires au programme de la journée avec une mention spéciale à Alain P. qui gratifiât les amateurs d’une succulente Tarragone Jaune 1970's de sa collection. Merci Alain !
Un grand merci à Philippe, aux Caves Bossetti et à Chartreuse ! 

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samedi 1 octobre 2016

La distillerie de Tarragone : de l’usine à... la Chartreuse

Nous avons évoqués les circonstances de l'installation des Pères Chartreux à Tarragone et de la liqueur qu'ils y produisirent une large partie du vingtième siècle. Intéressons-nous désormais à la distillerie en elle-même et à ses installations.

Une acquisition anticipée
Prévoyants, les Chartreux avaient anticipé les troubles qui en France allaient s'abattre sur les ordres religieux et fait l'acquisition des bâtiments de la place des Infants dès 1882 ! Ce auprès des Muller, importante famille de Tarragone, avec lesquels ils étaient déjà en contact pour se fournir... en eaux-de-vie ! Les origines de ces relations donnent matière à un article spécifique.

L'entrée de la distillerie, rue Smith, et le plan des lieux

 
Le bâtiment, ancienne usine de filature et de tissage, avec ses installations à vapeur et son moulin à vent métallique illustrait la révolution industrielle, alors sur le déclin. La venue des chartreux représentait un véritable enjeu pour l'économie locale.

Une distillerie qui est aussi un lieu de prière
Voici encore une des spécificités propres à la Chartreuse, certes en partie liée aux circonstances de leur exil, il s’agit de la double dimension des lieux, à la fois monastère et distillerie.
Si la communauté cartusienne a trouvé refuge à la chartreuse de Farneta en Italie, les frères en charge de la fabrication n'ont d'autre choix que de veiller au respect de leurs vœux à l’ordre de St Bruno sur place. Les bâtiments tarragonais vont donc voir se côtoyer installations productives et lieux dédiés à la prière et au recueillement. Ainsi en est-il de la belle chapelle avec ses tommettes et ses boiseries, des cellules des Chartreux, du cimetière et des jardins. De là une proximité parfois étonnante
 
Jardins de la Chartreuse avec la statue de la Mare Déu de Scala-Dei
Une autre spécificité est la présence d'une laboratoire de pharmacie, déjà évoqué en lien avec la production de l'élixir végétal et autres produits…

A suivre, les installations de fabrication de liqueur illustrées de photographies d’époque, entre autres…

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samedi 17 septembre 2016

Dégustation le 8 octobre 2016

Le grand festival annuel du club des Fous de Chartreuse a lieu le samedi 8 octobre prochain : venez nombreux !

Découvrez le programme sur le site des caves Bossetti.
Comme chaque année tout est mis en œuvre pour des réjouissances conviviales avec de nombreuses animations et plein de bonnes choses à goûter ! Et si l’on retrouve les classiques des dégustations chez Bossetti, comme chaque fois Philippe B. a concocté quelques nouveautés (mention spéciale à la soucoupe magique du Père Procureur) et surprises.

Petit aperçu :
  • Au stand dégustation, pas moins de 9 jéroboams seront alignés (3 litres, je vous laisse faire le calcul) avec notamment deux exemplaires uniques de cuvée Santa Tecla de l’année et la part belle aux différentes cuvées épiscopales des Fous de Chartreuse, dont les derniers exemplaires des crus 2013 et 2009 !
  • Toujours de très belles choses du côté du buffet placé sous le signe de la liqueur. On ne peut en lire la description sans saliver.
  • Une guest-star venue directement de Voiron, il s’agit de Bertrand de Nève qui comme le dit Philippe est le bras droit des Chartreux à la distillerie et par la même occasion une véritable mine de savoir sur la question. Cela s’annonce passionnant.
  • Laurent Bidot dédicacera sa récente bande dessinée Le Secret de la Chartreuse dont nous vous parlions avant l’été.
  • Le Festival Off du blog, dégustation éclectique. Amenez et partagez vos bouteilles fétiches, collectors et chéries… et n’oubliez pas d’en faire goûter à Philippe !
Rendez-vous rue des Archives ce samedi 8 octobre !

lundi 12 septembre 2016

Santa Tecla 2016

Cette année les fêtes populaires de Tarragone auront lieu du 15 au 24 septembre. On retrouve bien entendu le format traditionnel et le riche bestiaire du folklore local. 
Pour cette édition, c’est le Nano Capità qui est mis à l’honneur et représenté sur les affiches, et par extension sur les contre-étiquettes des chartreuses produites pour l’occasion. Ce personnage est la figure principale des Nanos Vells, une des processions populaires de la ville. Il incarne l'autorité et fut inspiré d'un notable du dix-neuvième siècle. Le visuel est dans la ligne graphique du design plutôt minimaliste des éditions précédentes.
Ce sont également les 25 ans de l'association dédiée à la figure de la Cucafera (visible sur les peu communes Santa Tecla 2002).

Les cuvées de Chartreuse de l’année
Nouveauté la liqueur est cette année conditionnée en coffret de deux bouteilles de 35 cl, une de chaque couleur bien sûr, avec toujours une liqueur jaune titrant à 43° pour le plaisir des amateurs ! Quatre sous-verres illustrés de clichés de l'ancienne distillerie de Tarragone sous inclus. 
Par contre cette cuvée est produite en  moins grande quantité qu’à l’habitude avec seulement 800 coffrets pour l'Espagne…


 Voir aussi :

dimanche 10 juillet 2016

Le secret de la Chartreuse de Laurent Bidot

Nous vous l’annoncions, une bande dessinée consacrée à la liqueur des Pères Chartreuse vient de paraître ce 6 juillet aux éditions Glénat. Ce volume fait suite à L’histoire de la Grande Chartreuse consacré à l’ordre de Saint Bruno. “Un album qui a rencontré un joli succès auprès des lecteurs mais dans lequel il manquait, par choix, l’évocation de la fameuse liqueur. Je dis par choix car j’avais dans l’idée de raconter cette formidable aventure un jour dans un album”, précisait l’auteur, Laurent Bidot. C’est désormais chose faite avec Le secret de la Chartreuse.
Présentation de l’éditeur :
“Depuis le XVIe siècle, le manuscrit de la recette de l’élixir de Chartreuse se transmet de moine en moine dans la région de Grenoble. De nos jours, Ayumi, une jeune étudiante japonaise, part en France pour un projet de livre sur le Cognac. Arrivée sur place, elle se rend compte que sa destination n’est pas du tout celle qu’elle croyait : on lui explique qu’elle doit se rendre à Grenoble pour y étudier la fabrication de la Chartreuse. Déçue, elle n’imagine pourtant pas tous les secrets qui entourent la confection de cette liqueur... Dans un récit construit sur deux époques – historique avec la transmission des moines Chartreux ; contemporain avec l’enquête de la jeune étudiante japonaise –, Laurent Bidot nous plonge dans les secrets fascinants de cette liqueur emblématique de la région grenobloise.”
On l’a bien compris, la fameuse recette, le secret, joue un rôle important dans la narration et est traité comme un personnage à part entière. On croise naturellement les Chartreux de Vauvert, le maréchal d’Estrée, Jérôme Maubec, Dom Garnier… L’ouvrage est visiblement bien documenté, on y trouve des considérations sur l’exploitation du fameux manuscrit, le labeur des moines distillateurs et l'évolution du produit.
Exemple : "Une planche où vous pouvez découvrir la couleur originale de la fameuse liqueur verte... Hé oui, c'est un scoop, elle était rouge. Et son goût était assez désagréable, si l'on en croit les témoignages. C'est bien la preuve que les pères chartreux n'ont pas inventé la recette en un jour." L.B.
 
Une agréable lecture estivale. Vous pouvez consulter les premières planches sur le site de l'éditeur.