samedi 1 octobre 2016

La distillerie de Tarragone : de l’usine à... la Chartreuse

Nous avons évoqués les circonstances de l'installation des Pères Chartreux à Tarragone et de la liqueur qu'ils y produisirent une large partie du vingtième siècle. Intéressons-nous désormais à la distillerie en elle-même et à ses installations.

Une acquisition anticipée
Prévoyants, les Chartreux avaient anticipé les troubles qui en France allaient s'abattre sur les ordres religieux et fait l'acquisition des bâtiments de la place des Infants dès 1882 ! Ce auprès des Muller, importante famille de Tarragone, avec lesquels ils étaient déjà en contact pour se fournir... en eaux-de-vie ! Les origines de ces relations donnent matière à un article spécifique.

L'entrée de la distillerie, rue Smith, et le plan des lieux

 
Le bâtiment, ancienne usine de filature et de tissage, avec ses installations à vapeur et son moulin à vent métallique illustrait la révolution industrielle, alors sur le déclin. La venue des chartreux représentait un véritable enjeu pour l'économie locale.

Une distillerie qui est aussi un lieu de prière
Voici encore une des spécificités propres à la Chartreuse, certes en partie liée aux circonstances de leur exil, il s’agit de la double dimension des lieux, à la fois monastère et distillerie.
Si la communauté cartusienne a trouvé refuge à la chartreuse de Farneta en Italie, les frères en charge de la fabrication n'ont d'autre choix que de veiller au respect de leurs vœux à l’ordre de St Bruno sur place. Les bâtiments tarragonais vont donc voir se côtoyer installations productives et lieux dédiés à la prière et au recueillement. Ainsi en est-il de la belle chapelle avec ses tommettes et ses boiseries, des cellules des Chartreux, du cimetière et des jardins. De là une proximité parfois étonnante
 
Jardins de la Chartreuse avec la statue de la Mare Déu de Scala-Dei
Une autre spécificité est la présence d'une laboratoire de pharmacie, déjà évoqué en lien avec la production de l'élixir végétal et autres produits…

A suivre, les installations de fabrication de liqueur illustrées de photographies d’époque, entre autres…

Voir aussi :

samedi 17 septembre 2016

Dégustation le 8 octobre 2016

Le grand festival annuel du club des Fous de Chartreuse a lieu le samedi 8 octobre prochain : venez nombreux !

Découvrez le programme sur le site des caves Bossetti.
Comme chaque année tout est mis en œuvre pour des réjouissances conviviales avec de nombreuses animations et plein de bonnes choses à goûter ! Et si l’on retrouve les classiques des dégustations chez Bossetti, comme chaque fois Philippe B. a concocté quelques nouveautés (mention spéciale à la soucoupe magique du Père Procureur) et surprises.

Petit aperçu :
  • Au stand dégustation, pas moins de 9 jéroboams seront alignés (3 litres, je vous laisse faire le calcul) avec notamment deux exemplaires uniques de cuvée Santa Tecla de l’année et la part belle aux différentes cuvées épiscopales des Fous de Chartreuse, dont les derniers exemplaires des crus 2013 et 2009 !
  • Toujours de très belles choses du côté du buffet placé sous le signe de la liqueur. On ne peut en lire la description sans saliver.
  • Une guest-star venue directement de Voiron, il s’agit de Bertrand de Nève qui comme le dit Philippe est le bras droit des Chartreux à la distillerie et par la même occasion une véritable mine de savoir sur la question. Cela s’annonce passionnant.
  • Laurent Bidot dédicacera sa récente bande dessinée Le Secret de la Chartreuse dont nous vous parlions avant l’été.
  • Le Festival Off du blog, dégustation éclectique. Amenez et partagez vos bouteilles fétiches, collectors et chéries… et n’oubliez pas d’en faire goûter à Philippe !
Rendez-vous rue des Archives ce samedi 8 octobre !

lundi 12 septembre 2016

Santa Tecla 2016

Cette année les fêtes populaires de Tarragone auront lieu du 15 au 24 septembre. On retrouve bien entendu le format traditionnel et le riche bestiaire du folklore local. 
Pour cette édition, c’est le Nano Capità qui est mis à l’honneur et représenté sur les affiches, et par extension sur les contre-étiquettes des chartreuses produites pour l’occasion. Ce personnage est la figure principale des Nanos Vells, une des processions populaires de la ville. Il incarne l'autorité et fut inspiré d'un notable du dix-neuvième siècle. Le visuel est dans la ligne graphique du design plutôt minimaliste des éditions précédentes.
Ce sont également les 25 ans de l'association dédiée à la figure de la Cucafera (visible sur les peu communes Santa Tecla 2002).

Les cuvées de Chartreuse de l’année
Nouveauté la liqueur est cette année conditionnée en coffret de deux bouteilles de 35 cl, une de chaque couleur bien sûr, avec toujours une liqueur jaune titrant à 43° pour le plaisir des amateurs ! Quatre sous-verres illustrés de clichés de l'ancienne distillerie de Tarragone sous inclus. 
Par contre cette cuvée est produite en  moins grande quantité qu’à l’habitude avec seulement 800 coffrets pour l'Espagne…


 Voir aussi :

dimanche 10 juillet 2016

Le secret de la Chartreuse de Laurent Bidot

Nous vous l’annoncions, une bande dessinée consacrée à la liqueur des Pères Chartreuse vient de paraître ce 6 juillet aux éditions Glénat. Ce volume fait suite à L’histoire de la Grande Chartreuse consacré à l’ordre de Saint Bruno. “Un album qui a rencontré un joli succès auprès des lecteurs mais dans lequel il manquait, par choix, l’évocation de la fameuse liqueur. Je dis par choix car j’avais dans l’idée de raconter cette formidable aventure un jour dans un album”, précisait l’auteur, Laurent Bidot. C’est désormais chose faite avec Le secret de la Chartreuse.
Présentation de l’éditeur :
“Depuis le XVIe siècle, le manuscrit de la recette de l’élixir de Chartreuse se transmet de moine en moine dans la région de Grenoble. De nos jours, Ayumi, une jeune étudiante japonaise, part en France pour un projet de livre sur le Cognac. Arrivée sur place, elle se rend compte que sa destination n’est pas du tout celle qu’elle croyait : on lui explique qu’elle doit se rendre à Grenoble pour y étudier la fabrication de la Chartreuse. Déçue, elle n’imagine pourtant pas tous les secrets qui entourent la confection de cette liqueur... Dans un récit construit sur deux époques – historique avec la transmission des moines Chartreux ; contemporain avec l’enquête de la jeune étudiante japonaise –, Laurent Bidot nous plonge dans les secrets fascinants de cette liqueur emblématique de la région grenobloise.”
On l’a bien compris, la fameuse recette, le secret, joue un rôle important dans la narration et est traité comme un personnage à part entière. On croise naturellement les Chartreux de Vauvert, le maréchal d’Estrée, Jérôme Maubec, Dom Garnier… L’ouvrage est visiblement bien documenté, on y trouve des considérations sur l’exploitation du fameux manuscrit, le labeur des moines distillateurs et l'évolution du produit.
Exemple : "Une planche où vous pouvez découvrir la couleur originale de la fameuse liqueur verte... Hé oui, c'est un scoop, elle était rouge. Et son goût était assez désagréable, si l'on en croit les témoignages. C'est bien la preuve que les pères chartreux n'ont pas inventé la recette en un jour." L.B.
 
Une agréable lecture estivale. Vous pouvez consulter les premières planches sur le site de l'éditeur.

dimanche 26 juin 2016

Nature morte à la Chartreuse

Ce sujet nous renvoie au dix-neuvième siècle, la Chartreuse alors Reine des liqueurs y jouit d'une renommée sans pareilles et elle figure sur de nombreuses tables, y compris les meilleures. C'est un digestif de référence, et à ce titre on la retrouve sur certaines représentations d'époque, y compris des peintures.
 
Les deux toiles ci-dessous mettent en scène, dans des registres différents, des bouteilles de Chartreuse. On y reconnaît la présentation caractéristique des anciens flacons d'alors et la fameuse étiquette traditionnelle. C'est l'art de la table et ses bons moments qui sont évoqués.

Nature morte aux cerises et à la bouteille de Chartreuse Jaune, Clothilde Danteuil, 1885


Huile sur toile, signée, datée et située à « Versailles », 38 x 45,5 cm.
Une petite touche impressionniste à cette scénette colorée avec la bouteille de liqueur jaune au centre de la composition.

Nature morte aux bouteilles de Chartreuse, A. Plet.


Huile sur toile signée A. Plet, non datée.
D'une exécution plus classique. Voici venu le moment des digestifs, Chartreuses jaunes et vertes apparaissent côte-à-côte avec un joli verre à liqueur...

Voir aussi :

samedi 28 mai 2016

Entretien avec Michel Steinmetz (3)

Collectionnez-vous bouteilles et objets en rapport à la liqueur ?
Evidemment, comment écrire un livre sans être passionné par le sujet? J'ai glané des bouteilles au cours de mes recherches pour me faire une idée du goût des différentes bouteilles. J'ai eu de nombreuses occasions de faire des dégustations avec d'autres chartreusophiles et d'ailleurs je suis bien incapable de boire seul dans mon coin car il me manquerait alors la dimension du partage et la possibilité d'échanger nos impressions.
J'ai une belle série de menus, de cendriers, de porte clefs, etc... mais le clou de ma collection est une paire de bouteilles de la période 1904 de Tarragone: une jaune et une verte. Cette verte 1904 est arrivée chez moi presque par hasard après la publication du livre par une dame qui m'a demandé une estimation de ce qu'elle croyait être une Tarragone jaune, puis elle m'a proposé de me la vendre... Elle venait de ses grands parents qui l'avait achetée à la pharmacie Villard à Grenoble, le premier dépositaire des produits des pères Chartreux à Tarragone. Mais en comparaison de mon ami Marc, ma collection est très limitée...
 
Meilleurs souvenirs de dégustation, une ou plusieurs bouteilles mémorables ?

Une étonnante bouteille graduée
Je dirais que cela tient d'une certaine conjonction qui ne pourrait plus avoir lieu: cela s'est passé au bar de l'Albert 1er à Chamonix en compagnie de Marc et Sylvie B. et du sommelier des lieux, le talentueux Christian Martray. En fin de repas, pour nous régaler, il a sorti une demi bouteille de verte 1910 récemment ouverte et nous avons communié avec ce nectar en prenant le temps de savourer l'évolution des arômes et des goûts au fur et à mesure de l'aération de la liqueur. Une super bouteille partagée avec des supers amis, que rêver de mieux? 

Ce que j'aime bien aussi, c'est éduquer progressivement des amis aux subtilités de la Chartreuse en montant progressivement en gamme et tenter de leur faire apprécier toutes les subtilités des vieux flacons. C'est un peu mon "Festin de Babette" et je me régale de leurs mines réjouies au fil des dégustations.
Je ne peux pas oublier non plus le bonheur d'avoir pu goûter une Chartreuse blanche avec Emmanuel Renaud, une Chartreuse Cusenier avec l'ami Marco et des Tarragones avec des amis Tarragonais... Il est bien difficile d'établir une hiérarchie; une chose est sûre, cette liqueur sait créer des bons moments où le temps s'arrête et où l'on part en voyage dans ses souvenirs d'arômes, d'épices, d'herbes diverses...
Dernièrement, j'ai eu la chance de recevoir en cadeau une bouteille de "Une Chartreuse" jaune qui à mon sens contient "l'essence" de la Chartreuse jaune parfaite; j'avais les larmes aux yeux tellement elle était équilibrée et raffinée...

Un souvenir en particulier ou une anecdote associé à la chartreuse ?
Le souvenir est double et concerne l'ancienne distillerie de Tarragona. J'y suis allé 3 fois, les deux premières en contrebande avec la peur de croiser un squatteur patibulaire ou la Guardia Civil, où j'ai fait mes premiers clichés et récupéré quelques souvenirs. La troisième fois, c'était de façon officielle avec un employé municipal qui nous a ouvert les portes et accompagné. C'est un lieu magique chargé d'histoire avec un mélange de distillerie et de monastère. On passe ainsi des cellules à l'église puis à la salle des alambics... En sortant de là avec l'ami Marcel, un passionné espagnol de la Chartreuse, nous sommes allé manger au Restaurant "Barquet" et pour le dessert, j'ai pris des boules de glace Chartreuse jaune avec de la liqueur... J'ai un record à 18 boules ce jour là, ce qui est bien mieux que celui de Dom Benoit qui est aussi friand de ce genre de dessert... En sortant, nous chantions à tue -tête dans la rue, à l'heure de la sacro-sainte sieste catalane...
Pour moi, et cela se sent bien dans le livre, l'histoire des liqueurs de Chartreuse est indissociable de celle des Chartreux. On le ressent très fortement au Monastère de la Grande Chartreuse, à Fourvoirie ou à Tarragone avant la transformation des bâtiments. J'ai eu cette chance de visiter l'ancienne obédience de la distillerie du Monastère où se trouvait encore la cellule du frère distillateur, la joie de participer avec les amis "oeuvriers de Chartreuse" à la réhabilitation du site de Fourvoirie, le bonheur de marcher sur les traces des Chartreux à Tarragone et dans chacun de ces lieux le spirituel et le spiritueux se rejoignait. C'est leur foi intense qui les poussent vers la perfection. Ils faisaient les meilleurs mâts de bateaux, ils ont inventé le meilleur acier, ils ont réalisé la meilleure liqueur du monde... Si vous leur donnez du lait, ils vous feront un fromage divin ! C'est un grand privilège d'avoir pu les côtoyer un peu et d'avoir pu partager l'intensité de leur engagement monacal. Difficile après ça d'envisager la Chartreuse comme un simple breuvage; elle est chargée de toute l'histoire des Chartreux.

La situation de la chartreuse a évolué ces dernières années, elle bénéficie aujourd'hui d'une plus grande reconnaissance, comment voyez-vous la chose ?

Certificat de connaisseur signé par les Frères distillateurs !
La question est pertinente, ma réponse pourrait être impertinente… Eugène Modelski, qui a travaillé un temps dans les années 60 comme comptable pour la Compagnie Française de la Grande Chartreuse, était très ami avec le frère distillateur Laurent Dahinden (celui qui pose à cette époque avec ses lunettes rondes et son bouc) et avec le procureur en charge de la distillerie. Ils descendaient parfois ensemble pour la campagne d’hiver de distillation à Tarragona (ils allaient préparer les moutures de plantes pour l’année suivante et donner des consignes aux ouvriers) et avaient du temps pour discuter. Le père distillateur lui a dit un jour qu’il avait fait une demande au ministère de la santé pour que l’élixir soit vendu en pharmacie. On lui a dit que pour étudier le dossier il fallait donner la composition précise du breuvage et l’histoire s’est arrêtée là. Pour la liqueur, sa position était « en vendre juste assez pour faire vivre l’Ordre, mais surtout pas dans les bordels ni dans les boites de nuit ! ». Aujourd’hui, une immense part des ventes se fait dans les bars pour intégrer des cocktails. Alors ? Trahison ? Evolution inéluctable ? Pour ma part j’apprécie les cocktails à base de Chartreuse, même si je préfère déguster de vieux millésimes avec des amis.
Les Chartreuses récentes souffrent du remplacement de l’alcool vinique par de l’alcool de betterave qui est beaucoup trop neutre et ne possède pas les mêmes capacités d’extraction des substances odoriférantes et aromatiques des plantes, ni les mêmes aptitudes de restitution des subtilités des macérations. Un jour, on prendra mon avis en compte et les Chartreuses retrouveront plus de densité et de capacités de vieillissement. Mon autre remarque concerne le degré de la Chartreuse Jaune qui est redescendu en 1973 de 43° (degré optimal pour faire se fondre l’alcool et le sucre et ainsi faire vieillir la liqueur) à 40° pour des raisons de taxes. Il faudrait absolument remonter la Jaune à 43°, quitte à en augmenter le tarif. A 40°, elle est « molle du genou » et trop sirupeuse : inapte à vieillir. De nombreuses « séries limités » ont été faites ces dernières années, toutes à 42 ou 43° et c’est à chaque fois un bonheur.
Pour répondre à la question, je dirais que les grands flacons mythiques de Tarragona étaient des Chartreuses ordinaires à l’époque. Le temps et les conditions d’élevage leur ont donné un charme incroyable. Pour avoir laissé vieillir des bouteilles plus récentes (à compter des années 80), la plupart des connaisseurs s’accordent à dire qu’elles ne seront probablement pas des collectors pour nos enfants et petits enfants. Sans doute faudrait-il revenir au titre de 43° pour la jaune et renoncer à l’alcool de betterave pour retrouver un supplément d’âme et que les bouteilles d’aujourd’hui aient une reconnaissance demain. Après, pour faire des Chartreusitos, la question n’est plus la même…
Un dernier mot sur la « reconnaissance » : si elle devait se mesurer au prix que peuvent atteindre certains flacons de Chartreuse de Tarragona, cela serait bien désolant, d’autant que certains n’hésitent pas à spéculer plutôt que de déguster. Pour éviter cela, un caviste original du vieux Lyon casse la bague de la capsule en vendant une bouteille à un client : il ne lui reste plus qu’à la boire…
 
[Un grand merci à Michel !]
Voir aussi :

mardi 3 mai 2016

Entretien avec Michel Steinmetz (2)

Comment est-ce que cela s'est concrétisé ?
Collage en hommage à la Chartreuse verte
Le travail d'édition est très exigeant et il a fallu déterminer un style et un découpage chronologique pour faciliter la lecture. J'ai proposé des tableaux synoptiques en tête de chaque chapitre concernant un siècle pour que le lecteur puisse visualiser les évènements. Après, il a fallu sélectionner l'iconographie que j'avais pu glaner au fil de mes rencontres avec des passionnés, des sommeliers, des bouquinistes, etc... dont certains sont devenus des amis. La maison Bonnat à Voiron m'a été d'une grande aide car leurs catalogues annuels mettaient en scène les dernières productions des Chartreux dans des coffrets magnifiques: cela a permis d'être précis sur les datations des différentes époques de production.
Et puis en 2006, le livre est né... en même temps que la sortie du film de Phillip Groenig "Le grand silence" sur la vie des Chartreux.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur les recherches effectuées et sur l'écriture du livre ?
Au départ, je n'avais que peu d'éléments disponibles à disposition: il y avait un chapitre succinct dans le livre "La Grande Chartreuse par un Chartreux" et dans celui de Vals et Serrou "Au désert de Chartreuse" (suites d'un reportage commandé par Paris Match en 1968 et première ouverture du Monastère de la Grande Chartreuse à des journalistes), et encore quelques documents assez peu détaillés. Les Chartreux ont bien voulu me donner connaissance d'un résumé historique qu'un ancien frère distillateur avait rédigé pour repérer les grandes étapes de la liqueur.
A partir de là, je me suis mis en quête de trouver des documents à travers diverses sources: les archives départementales de l'Isère, les archives de Marseille pour la période 1921-1929, les archives nationales de Paris (où aurait du se trouver un dossier sur la commission des remèdes secrets de Napoléon... mais il était vide), la grande bibliothèque nationale, les archives de Tarragone, et puis les livres et objets de collectionneurs passionnés de Chartreuse, ainsi que des sommeliers et restaurateurs amoureux de la Reine des Liqueurs.
J'ai ainsi mené une sorte "d'enquête policière" pour arriver à faire des hypothèses et en vérifier la validité. Ce qui était fascinant était de pouvoir faire appel à la technologie en zoomant des clichés pour apprécier des détails, en retouchant de vieux documents pour les rendre lisibles, en regroupant des morceaux de "puzzles" pour mieux comprendre certaines péripéties du manuscrit secret...

"Les sachets contiennent des plantes
laissées sur place par les Chartreux
lors de leur départ en 1990"
Quels retours avez-vous reçus suite à sa publication ?
Il y a deux aspects. Du côté du public des passionnés de Chartreuse ou plus simplement des amoureux du terroir Dauphinois, il y avait une attente et l'accueil a été chaleureux et enthousiaste. Du côté de Chartreuse Diffusion dont le conseil d'administration est entre les mains de quelques familles locales, j'étais une sorte d'étranger qu'ils n'avait pas choisi, et comme je venais préciser un peu ce qui ressortait du secret pour le différencier du mystère ou du mythe, j'ai du déranger un peu.
Sur la question de Marseille par exemple, j'ai pu démontrer qu'entre 1921 et 1929, les entrepôts Marseillais n'avaient servi qu'à importer de la Chartreuse depuis Tarragona par bateau et l'embouteiller pour le marché français. Dix ans plus tard, Voiron ne parle plus de distillerie comme cela était le cas avant. A l'époque, il s'agissait de reconquérir le marché en francisant la Tarragone en "Une Tarragone" et de venir empiéter le marché de Cusenier et sa "Chartreuse sans recette". Il était de bonne guerre de laisser croire que cette Chartreuse était fabriquée en France (alors même que Cusenier était en difficulté avec sa "Liquidatreuse"), mais au XXIème siècle, les choses peuvent être dites sans dommage à qui que ce soit. C'est même le devoir de tout historien, fût-il amateur: mettre en perspective les présentations de la réalité historique en fonction du contexte et expliquer comment les narrations d'époque pouvaient comporter une part de propagande. Cela n'enlève rien au secret.
De la même manière, arriver à trouver le nom d'environ 70 plantes ne permettra jamais à personne d'avoir les tours de mains des Chartreux et d'arriver à faire une copie valable de Chartreuse... Au XIXème siècle, tous les apprentis distillateurs du Voironnais devaient faire leurs copies de Chartreuse Jaune à partir de 20 à 50 plantes: pour en avoir goûté, ce n'était pas mauvais, mais ça restait du "Buffalo Grill" face à Bocuse...
A suivre...
Voir aussi :